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CE QUI ARRIVE
« La vitesse du progrès c’est le vieillesse d’un monde réduit aux acquêts, dont la grandeur contre nature supprime toute étendue « durable », l’instantanéité et l’ubiquité éliminant l’antique tripartisme passé-présent-futur. » Paul Virilio.

Dans cette série, je traite la modernité comme l’expérience de l’accélération.
Les notions de temps et de vitesse caractérisent le mieux le siècle qui s’ouvre. Nous sommes en train de vivre une accélération technique qui accélère nos rythmes de vies et impacte sur notre structure sociale.
Aujourd’hui on ne parle plus du temps ordonné par le passé, le présent et le futur mais d’instantanéité, l’ubiquité a remplacé la géographie.
Les technologies donnent à croire que l’on peut se détacher du vieux monde fini de la géographie et de l’Histoire. Nous vivons ce que Paul Virilio appelle le Futurisme de l’instant, une expérience du temps réel où l’on est ici, ailleurs et nul part en même temps dans la grande salle d’attente de l’inattendu.
Le temps de la réflexion et la liberté de choix sont discrédités au profit de l’instantanéité et des réponses immédiates (réflexes conditionnés) qu’elle impose comme usage. Nous vivons dans le temps de l’instant d’une réalité accélérée, l’accident du temps réel dans lequel les émotions sont synchronisées par les technologies du temps réel comme les réseaux sociaux.
Tout cela entraine une profonde modification de notre être, nous sommes confrontés à une perte du savoir être car comme le dit Octavio Paz, « l’instant est inhabitable comme le futur ».
Sur le plan existentiel, il est devenu difficile d’être présent, disponible physiquement et mentalement dans un lieu sans être sollicité. On remarque une dissolution des désirs qui fait naitre un sentiment d’impuissance et entraine un état de tension permanent chez les individus.

Ces images ont été à la Fondation Miro à Barcelone. Un lieu symbolique de l’opposition entre notre nouveau rapport au temps réel des flux permanents et celui de l’expérience sensible qui demande de la disponibilité et de l’attention. Les visiteurs passent dans un flux continu sans jamais prendre le temps de la contemplation nécessaire à la réception d’une oeuvre sensible.
Les images sont montées comme une fresque de peinture. Des portes s’ouvrent et se ferment dans un environnement non identifié mais définit par deux espaces lumineux : un espace sombre et un sur exposé. On pourrait faire un parallèle avec « L’allégorie de la caverne » de Platon, mais ici, les valeurs s’inversent pour poser la question suivante : ne vaut il pas mieux être à l’abri d’une trop grande exposition aux sollicitations permanentes des flux numériques pour rester dans le temps réel de la matérialité et de l’expérience sensible.
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